30/07/2014

Hommage à Willy Brion


Hommage à mon cher professeur
et photos souvenirs

 

willy,brion

 

 

Voici ce que j'ai plus ou moins raconté lors de la messe de ses funérailles :
 

Tout d’abord j’aimerais dire à chacun, chacune, un tout grand merci d’être ici pour rendre un dernier hommage à un excellent pédagogue.

Mr Brion, Willy, vivait constamment dans le passé. Il aimait raconter des épisodes de sa vie dont certains m’ont été répétés des dizaines de fois…

A 17 ans, en 1937, Willy entre au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles dans le but de faire une carrière pianistique internationale. Mais il y aura la guerre…

En mai 1940, alors qu’il prépare son 1er diplôme de piano, il est rappelé et est envoyé avec sa troupe dans le Sud de la France. Il parvient à trouver un bon piano chez une dame et travaille son programme publique de mémoire, sans partitions. Sur l’ensemble, il coince à un seul endroit, à la recherche d’un accord qu’il ne trouve pas. De retour à Bruxelles, il s’empresse d’ouvrir sa partition et constate qu’il n’y avait pas d’accord, qu’il fallait tout simplement tenir le précédent. La date du concours est reportée en septembre à cause des événements. Willy obtient un 2nd Prix avec distinction dans la classe de Charles Scharrès. Il ne prend pas de vacances et se remet aussitôt au travail. Il obtient le 1er Prix avec distinction l’année suivante en 1941 après une année écourtée.

Il obtient également d’autres diplômes entre 1939 et 1947 : 1er Prix de Solfège, 1er Prix d’histoire de la Musique, 1er Prix d’harmonie, 1er Prix de Musique de chambre et 1er Prix de contrepoint.

Willy poursuit ses études en vue du diplôme Supérieur de piano, dit de Virtuosité. Le programme exigeait alors 3 années de préparation. Sur les conseils du papa (avenir incertain à cause de la guerre), Willy tente de se présenter au terme de 2 années seulement.

Pari gagné : il obtient le diplôme Supérieur de piano en 1943.

Heureusement, pas de session l’année suivante et le Concours Eugène Ysaye auquel il espérait se présenter est suspendu également. Willy souhaite se lancer dans une carrière de concertiste et espère pouvoir donner un premier récital dans le cadre du Conservatoire. Refus, Willy est considéré comme étant trop fort par rapport aux élèves. En compensation, il est envoyé en tournée en Allemagne occupée juste après la guerre. Il la fera, mais sa fiancée, Gilberte Vanhelmont n’apprécie guère la séparation…

Il l’épouse à l’église Ste Gertrude d’Etterbeek en 1947.

La 1ère session piano du Concours Reine Elisabeth a lieu en 1952. Willy a 31 ans au moment des inscriptions. Il écrit à la Reine pour obtenir une dérogation (30 ans maximum). Pas de réponse favorable, le règlement étant strict. Mais il obtient une compensation : devenir directeur du Conservatoire de Halifax. Son épouse ne voulait pas le suivre. Il n’aura pas d’autre choix que de rester en Belgique et faire carrière dans l’enseignement : académies de Forest et Woluwe-St-Lambert et au collège St-Michel de Bruxelles.

 

willy,brion

Willy Brion donnera un récital de piano au Palais des Beaux-Arts le 10 mars 1950...

 

willy,brion

 

... et jouera régulièrement en direct à la radio. Combiner les deux, l'enseignement à temps plein et les récitals, ce n’est pas facile. Finalement Willy se donnera à fond dans l’enseignement, sans compter les heures supplémentaires données à titre gracieux, aussi bien chez lui que dans le cadre des établissements scolaires où il prolonge régulièrement le temps imparti et encore le temps consacré bénévolement aux Petits Chantres de St-Michel (la chorale du Père Collart). 

Willy et son épouse n’auront pas d’enfants, mais ils prennent la charge d’un garçon de 13 ans qu’ils connaissaient (lien familial), mal traité par ses parents et placé par le juge jusqu’à sa majorité. Pierre Smeesters (Pierrot), décèdera  à l’âge de 49 ans.

Entretemps, j’ai entamé l’étude du piano à l'académie de musique de Woluwe-St-Lambert dans la classe de Philippe De Clerck, professeur conseillé par ma grand-mère paternelle pianiste (Jeanne, alors compagne d'Edgar P. Jacobs) qui connaissait mieux sa famille que les Brion, ignorant que son père, François Faignart, avait été l’accordeur du petit Willy…

 

François Faignart et son grand chapeau, tel que Willy s'en souvenait, un homme imposant
(alias Le Cheik dans Le Mystère de la Grande Pyramide) :

willy,brion

(c) Viviane Quittelier
Photo parue dans E.P. Jacobs, Témoignages inédits, Mosquito, p. 69

Après une année de cours, fin août, mon professeur de piano Philippe De Clerck est dans le coma et son épouse est très mal en point suite à un accident de voiture près de Gap. Fin septembre, presque à la clôture des inscriptions, je me retrouve sans professeur, on ne savait rien sauf que c’était très grave. J’ai pris le palmarès et j’ai comparé les résultats des élèves. J’en ai déduit que Mr Brion avait une excellente classe de piano. Je me suis adressée à lui. Il n’avait plus de place, mais accepte de noter mon nom et mon numéro de téléphone. Je me souviens de son coup de fil auquel j’ai répondu. J’avais été choisie, il ne me restait plus que la formalité à remplir auprès du directeur de l’académie, Paul-Baudouin Michel. Willy m’avouera des années après qu’il avait également été voir mes résultats dans les palmarès de l’académie avant de m’accorder la priorité…

Au terme de 3 années dans sa classe, mon jeu a plu au directeur de l’école de musique de Nassogne, André Maillé, qui m’engage directement comme professeur de piano. J’ai à peine 17 ans, pas encore de diplôme et je devais absolument entrer au Conservatoire avant 18 ans (règlement d’époque). Mr Brion décide alors de me prendre en charge pour poursuivre mon apprentissage du piano, retarder mon entrée dans la classe de piano au Conservatoire et j’assiste à des heures et des heures de cours dans ses classes (à St-Michel et Woluwe-St-Lambert) pour apprendre mon métier d’enseignante. Mon professeur me remplace à Nassogne lorsque je dois m’absenter pour motif d’obligations scolaires. Il s’aperçoit que je m’en sortais plutôt bien et il m’engage 2 ans plus tard pour le seconder au collège St Michel. J’ai à peine 19 ans. J’ai dû être une des toutes 1ères femmes enseignantes à entrer dans le collège encore réservé aux garçons.

Mr Brion récompensait ses meilleurs élèves et organisait avec eux des excursions d’un jour en Belgique, puis de 2, 3 jours et plus à Larochette (Grand-Duché de Luxembourg). Il ira jusqu’à 3 semaines avec son groupe à Guillestre (Hautes Alpes). Pierrot a fait partie de ces excursions et voyages. Je suis allée plusieurs fois à Guillestre, faisant également partie du groupe.

Chaque année Mr Brion recevait des élèves chez lui à un goûter de Noël. Il préparait des jeux, son épouse un goûter délicieux et la remise des récompenses se faisait en fin de journée. J’y ai été invitée à plusieurs reprises.

Au fond nous formions une très grande famille…

En 1993, son épouse Gilberte décède subitement. Dès qu'il a appris cette triste nouvelle, Willy est effondré. Le soir même du décès, il est venu frapper à ma porte, à l’âge de 73 ans. Je l’ai accueilli… aidé et soutenu jusqu’à la fin.

willy,brion

 

Quelques souvenirs de Willy Brion et sa chienne Noisette

qu'il avait été chercher à Animaux en périls.

 

Vacances en Savoie en 2007 :

willy,brion

 

willy,brion

 

willy,brion

 

 Le 30 décembre 2007, quand il pouvait encore lire :

willy,brion

 

En 2009 :

 

willy,brion

 

 En août 2010, en excursion à la ferme Libert :
(Malmedy, dans les Fagnes, voir
 E.P. Jacobs, Témoignages inédits, Mosquito, p. 104, p. 134 & 135)

willy,brion

 

Pendant le Festival BD de Solliès-Ville 2010, dans le jardin d'un resto à La Farlède :

willy,brion

 

Le 13 novembre 2013 :

willy,brion

 

Le 6 juillet 2014, 13 jours avant son départ :

willy,brion

 

willy,brion

 

18:03 Écrit par Viviane Quittelier dans inédit, Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : willy, brion, inédit |  Facebook |

Commentaires

un très grand merci pour ce bel éloge d'un grand Monsieur...Il a accompagné les progrès de ma plus jeune fille Stéphanie durant tant d'années. Aujourd'hui encore nous parlons de lui avec admiration, et ses conseils résonnent en nous quand les enfants de ses anciens élèves, mes petits-fils, recherchent à produire leurs premières mélodies au piano...Courage à vous, Viviane, en ces moments difficiles, nos prières accompagnent le départ de Mr Brion.
avec notre meilleur souvenir,
viviane T.

Écrit par : viviane teyssen | 31/07/2014

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.